L'émission qui porte le nom évocateur de « Kantara » (pont) s'est très vite imposée comme un point de rencontre et d'échanges qui favorise l'ouverture sur l'autre et le dialogue interculturel à travers des thématiques qui prennent en compte la culture, l'histoire, la musique, la sociologie, les habitudes de vie.
Ce pont culturel a permis durant 6 ans de faire fructifier une conception généreuse et respectueuse des relations intercommunautaires.
Aujourd'hui Kantara doit trouver les moyens de poursuivre sa route en rendant la coopération plus efficace encore et en permettant à d'autres voix du pourtour méditerranéen de se joindre à elle. C'est ainsi que l'Algérie et l'Egypte sont venus agrandir la famille de ce rendez-vous radiophonique hebdomadaire en attendant l'adhésion très prochaine de la Tunisie et de l'Espagne.
Ces différentes adhésions permettront à Kantara de s'ancrer durablement dans la réalité euro méditerranéenne.
Les médias jouent un rôle clé dans la compréhension et l'acceptation des différences culturelles. Ils sont les médiateurs de l'intégration mais aussi de l'émancipation et c'est le sens de ce projet.
La compréhension de ce projet commun ne peut se faire sans la compréhension des rapports entre la Corse et le Maroc et ne saurait s'exonérer d'un bref rappel historique.
A partir de 1850, la conquête des colonies par la IIIème République a été l'occasion de départs massifs de Corses vers le Maroc.
Une part importante de l'administration coloniale a ainsi des origines insulaires.
Les historiens corses ont ainsi estimé qu'en 1950 les personnels coloniaux d'origine corse étaient 150000 en Afrique du Nord.
A partir des années soixante s'amorce à l'inverse une période d'immigration qui coïncide avec la période de décolonisation menée par la France.
Terre d'immigration par excellence, la corse attire à cette époque une main d'œuvre spécialisée dans les travaux agricoles. L'immigration marocaine prend véritablement son élan à cette occasion.
Les facteurs d'attraction sont nombreux. Le climat proche du Maghreb. Le développement économique et la mise en place de plans d'aménagement régionaux. Des perspectives d'emploi encourageantes ont fait le reste.
De nos jours, les marocains confirment leur place de première nationalité étrangère vivant en Corse, devant les italiens et les portugais. Sur les 13700 marocains recensés en 1999, environ un quart est né en France. (Population jeune : 6.6% de plus de soixante ans contre 25% pour l'ensemble de la région.
Ce constat a débouché sur la nécessité de rapprocher aussi bien les communautés que les rives Nord et Sud de la Méditerranée.